| Jacques Lacan, | Jacques Alain Miller, |
autres |
||
| I | Les écrits techniques de Freud, 1953-1954 |
![]() |
Le maître interrompt le silence par n'importe quoi, un sarcasme, un coup de pied. C'est ainsi que procède dans la recherche du sens un maître bouddhiste, selon la technique zen, car il appartient aux élèves eux-mêmes de chercher la réponse à leurs propres questions. Le maître n'enseigne pas ex cathedra une science toute faite, il apporte la réponse quand les élèves sont sur le point de la trouver. Cet enseignement est un refus de tout système. Il découvre une pensée en mouvement - prête néanmoins au système, car elle présente nécessairement une face dogmatique. La pensée de Freud est la plus perpétuellement ouverte à la révision. C'est une erreur de la réduire à des mots usés. Chaque notion y possède sa vie propre. C'est ce qu'on appelle précisément la dialectique. ["Le moment de la résistance","La topique de l'imaginaire","Au-delà de la psychologie","Les impasses de Michaël Balint","La parole dans le transfert"] |
Intro Ph. Benichou, |
| II | La moi dans la théorie de Freud et dans la technique psychanalytique, 1954-1955 |
![]() |
J'ai trouvé à votre usage une très curieuse ordonnance de 1277. A ces époques de ténèbres et de foi, on était forcé de réprimer les gens qui, sur les bancs de l'école, en Sorbonne et ailleurs, blasphémaient ouvertement pendant la messe le nom de Jésus et de Marie. Vous ne faites plus ça. J'ai connu quant à moi des gens fort surréalistes qui se seraient fait pendre plutôt que de publier un poème blasphématoire contre la Vierge, parce qu'ils pensaient qu'il pourrait quand même leur en arriver quelque chose. Les punitions les plus sévères étaient édictées contre ceux qui jouaient aux dés pendant le saint sacrifice. Ces choses me semblent suggérer l'existence d'une dimension d'efficace qui manque singulièrement à notre époque. Et ce n'est pas pour rien que je vous fais jouer au jeu de pair ou impair. (...) C'est avec le symbolisme, c'est de ce dé qui roule que surgit le désir. Je ne dis pas désir humain car, en fin de compte, l'homme qui joue avec le dé est captif du désir ainsi mis en jeu. Il ne sait pas l'origine de son désir, roulant avec le symbole écrit sur les six faces. |
Intro, Anicette Sangnier, |
| III | Les psychoses, 1955-1956
|
![]() |
Que peut vouloir dire être père ? Vous connaissez les discussions savantes dans lesquelles on entre aussitôt, ethnologiques ou autres, pour savoir si les sauvages qui disent que les femmes conçoivent quand elles sont placées à tel endroit ont bien la notion scientifique que les femmes deviennent fécondes quand elles ont dûment copulé. Ces interrogations sont tout de même apparues à plusieurs comme participant d'une niaiserie parfaite, car il est difficile de concevoir des animaux humains assez abrutis pour ne pas s'apercevoir que, quand on veut avoir des gosses, il faut copuler. La question n'est pas là. La question est que la sommation de ces faits - copuler avec une femme, qu'elle porte ensuite quelque chose pendant un certain temps dans son ventre, que ce produit finisse par être éjecté - n'aboutira jamais à constituer la notion de ce que c'est qu'être père, je parle simplement de ce que c'est qu'être père au sens de procréer. |
Intro, Valerie Pera Guillot, |
| IV | La relation d'objet, 1956-1957 |
![]() |
Cette mère inassouvie, insatisfaite, autour de laquelle se construit toute la montée de l'enfant dans le chemin du narcissisme, c'est quelqu'un de réel, elle est là, et comme tous les êtres inassouvis, elle cherche ce qu'elle va dévorer, quaerens quem devoret. Ce que l'enfant lui-même a trouvé autrefois pour écraser son inassouvissement symbolique, il le retrouve possiblement devant lui comme une gueule ouverte. [...] Voilà le grand danger que nous révèlent ses fantasmes, être dévoré. [...] il nous donne la forme essentielle sous laquelle se présente la phobie. Nous rencontrons cela dans les craintes du petit Hans. [...] Avec le support de ce que je viens de vous apporter aujourd'hui, vous verrez mieux les relations de la phobie et de la perversion. [...] J'irai jusqu'à dire que le cas du petit Hans, vous l'interpréterez mieux que Freud n'a pu le faire. (Extrait du chapitre XI) La castration, ce n'est pas pour rien qu'on s'est aperçu, de façon ténébreuse, qu'elle avait tout autant de rapport avec la mère qu'avec le père. La castration maternelle - nous le voyons dans la description de la situation primitive - implique pour l'enfant la possibilité de la dévoration et de la morsure. Il y a antériorité de la castration maternelle, et la castration paternelle en est un substitut. (Extrait du chapitre XXI) (Dans le cas du petit Hans) la transformation qui s'avérera décisive [est] celle de la morsure en dévissage de la baignoire. D'ici à là, le rapport des personnages change du tout au tout. Ce n'est pas pareil, que de mordre goulûment la mère, appréhension de sa signification naturelle, voire de craindre en retour cette fameuse morsure qu'incarne le cheval - ou de dévisser la mère, de la déboulonner, de la mobiliser dans cette affaire, de faire qu'elle entre elle aussi dans l'ensemble du système, et, pour la première fois, comme un élément mobile et, du même coup, équivalent aux autres. (Extrait du chapitre XXIII) |
Intro, Jacques Borie, |
| V | Les formations de l'inconscient, 1957-1958 |
|
Le Witz est ce que l'on a traduit par trait d'esprit. On a dit aussi mot d'esprit, je passe sur les raisons pour lesquelles je préfère la première traduction. Mais le Witz veut aussi dire l'esprit. Ce terme se présente tout de suite à nous dans une extrême ambiguïté. Il convient de laisser à l'esprit toutes ses ambiguïtés, jusques et y compris l'esprit au sens large, qui sert trop souvent de pavillon à des marchandises douteuses, l'esprit du spiritualisme. Mais la notion de l'esprit n'en a pas moins un centre de gravité, qui gît pour nous dans l'esprit au sens où l'on parle d'un homme spirituel, et ce, bien qu'il n'ait pas excessivement bonne réputation. L'esprit, nous le centrerons sur le trait d'esprit, c'est-à-dire sur ce qui paraît en lui le plus contingent, le plus caduc, le plus offert à la critique. Il est bien dans le génie de la psychanalyse que de faire des choses comme cela. (Extraits du chapitre 1) |
Intro, Myriam Mitelman |
| VI | Le desir et son interprétation, 1958-1959 |
![]() |
Que montre Lacan ? Que le désir n’est pas une fonction biologique ; qu’il n’est pas coordonné à un objet naturel ; que son objet est fantasmatique. De ce fait, le désir est extravagant. Il est insaisissable à qui veut le maîtriser. Il vous joue des tours. Mais aussi, s’il n’est pas reconnu, il fabrique du symptôme. Dans une analyse, il s’agit d’interpréter, c’est-à-dire de lire dans le symptôme le message de désir qu’il recèle. Si le désir déroute, il suscite en contrepartie l’invention d’artifices jouant le rôle de boussole. Une espèce animale a sa boussole naturelle, qui est unique. Dans l’espèce humaine, les boussoles sont multiples : ce sont des montages signifiants, des discours. Ils disent ce qu’il faut faire : comment penser, comment jouir, comment se reproduire. Cependant, le fantasme de chacun demeure irréductible aux idéaux communs. |
Intro, |
| VII | ||||
| VIII | ||||
| IX | ||||
| X | ||||
| XI | ||||
| XII | ||||
| XIII | L'objet de la psychanalyse, 1965-1966 |
![]() |
Michel Foucault est l'homme du jour. Son livre, Les Mots et les Choses , connaît un succès foudroyant. Le structuralisme est alors à son zénith et Foucault s'en est fait l'" archéologue ". Le Tout-Paris diplômé bruisse de son nom, Sartre est donné pour mort, le jeune universitaire est l'héritier du trône. Voilà celui qui, sans bruit, vient prendre place au Séminaire, alors formidable caisse de résonance. Lacan, toujours à l'affût du dernier cri, avait voulu " l'avoir ". En hommage, il partira du premier chapitre du " best-seller ", une analyse qu'on s'accorde à dire éblouissante du tableau des Ménines . Il faut le voir, Lacan, cajolant son invité, sollicitant son approbation, déroulant une sorte de parade nuptiale intellectuelle. Foucault hoche du chef, se laisse arracher un bout de phrase, sourit. Il n'est pas dupe, il me le dira à la sortie : tout en le couvrant de fleurs, le psychanalyste lui avait fait la leçon. Le public n'y vit que du feu. Il fallut à Lacan encore deux séances pour porter l'estocade, et faire comprendre qu'aux Ménines le philosophe n'avait compris que dalle. Je force le trait sans doute. Mais ce fut du haut comique. L'apogée de ce livre. Quel était donc l'objet qu'annonçait son titre ? Sinon l'illustre " objet petit a ", tout à la fois cause du désir et " plus-de-jouir ". Comme d'habitude, le Séminaire avance " à sauts et à gambades " (Montaigne), musarde et digresse, mais autour d'un axe, et c'est l'" objet regard ". L'oeuvre de Vélasquez était donc venue à Lacan comme bague au doigt. Jacques-Alain Miller. |
|
| XIV | ||||
| XV | L'Acte psychanalytique, 1967-1968 |
![]() |
Ce Séminaire marque un tournant. Il traite d'une question et d'une seule, à laquelle Lacan n'avait jusqu'alors répondu que de biais : qu'est-ce qu'un analyste ? Réponse : c'est un analysant (mot que Lacan substitue à celui d'analysé) qui a mené à son terme l'expérience analytique. Quel est ce terme idéal ? Pour le savoir, il convient d'articuler la logique du parcours d'une analyse. A son commencement, il y a un désir inédit, qui suppose un franchissement, c'est-à-dire un acte, à l'instar de César passant le Rubicon. Cet acte est celui de l'analysant, mais l'acte psychanalytique proprement dit, c'est le psychanalyste qui l'accomplit, en ouvrant à cet analysant le champ dit du "sujet supposé savoir" où se déchiffre l'inconscient. Au terme, le s.s.s. s'évanouit, tandis que l'analyste, son support, est évacué comme le déchet de l'opération, tel Oedipe finissant sa vie les yeux crevés. L'analysé devenu analyste prend son relais. Et pourquoi ? - alors qu'il sait maintenant ce qui l'attend. Quelques leçons sont consacrées à la logique de la quantification, dont Lacan commence l'exploration, qui débouchera plus tard sur sa théorie de la sexuation. La conclusion, inopinée, voit Lacan commenter à chaud les événements de Mai 68, contemporains de la fin du Séminaire. Jacques-Alain Miller. |
|
| XVI | ||||
| XVII | ||||
| XVIII | D'un discours qui ne serait pas du semblant, 1971 |
![]() |
Ceci et un livre sur l'écriture. Mais d'écrit, il y en a plus d'un. Ce que l'on remarque d'abord, ce sont les caractères chinois qui parsèment plusieurs chapitres. Lacan préparait ainsi un voyage en Chine avec Barthes et Sollers. Il y renonça, pour une virée au Japon, dont on a ici le journal, conceptuel plutôt qu'anecdotique. Un autre mode d'écriture est encore sollicité : les formules logiques de la quantification, traduisant « tous », « aucun », « quelques-uns qui ? », quelques-uns qui ? ne ? pas ». Il en ressort que le « rapport sexuel », lui, n'est pas susceptible d'être écrit. Et il y a enfin les cris. « Un homme et une femme peuvent s'entendre. Ils peuvent s'entendre crier ». Un pessimisme joyeux imprègne cette sagesse, qui arrive toute fraîche de l'année 1970-1971. Elle pousse à conclure qu'il n'y a aucun discours qui ne prenne son départ d'un semblant porté à la fonction de maître-mot (« le signifiant-maître »). ["Introduction au titre de ce Séminaire","L'homme et la femme","Contre les linguistes","L'écrit et la vérité","L'écrit et la parole","D'une fonction à ne pas écrire","Leçon sur Lituraterre"," L'homme et la femme et la logique"," Un homme et une femme et la psychanalyse","Du mythe que Freud a forgé"] |
|
| IXX | ... ou pire, 1971-1972
|
![]() |
Rencontre fortuite d'une machine à coudre et d'un parapluie. Rencontre impossible de la baleine et de l'ours blanc. L'une, forgerie de Lautréamont ; l'autre, ponctuation de Freud. Toutes deux, mémorables. Pourquoi ? Certainement, elles chatouillent quelque chose en nous. Lacan dit quoi. Il s'agit de l'homme et de la femme. Entre les deux, point d'accord ni d'harmonie, pas de programme, rien de pré-établi : tout est livré au petit bonheur la chance, ce qui s'appelle en logique modale la contingence. On n'en sort pas. Pourquoi est-elle fatale, c'est-à-dire nécessaire ? Il faut bien penser qu'elle procède d'une impossibilité. D'où le théorème : «Il n'y a pas de rapport sexuel.» Cette formule est aujourd'hui fameuse. À la place de ce qui ainsi fait trou dans le réel, il y a pléthore : images qui leurrent et qui enchantent, discours qui prescrivent ce que ce rapport doit être. Ce ne sont que des semblants, dont la psychanalyse a rendu l'artifice patent pour tous. Au XXIe siècle, c'est acquis. Qui croit encore que le mariage ait un fondement naturel ? Puisque c'est un fait de culture, on s'adonne à l'invention. On bricole de toutes parts d'autres constructions. Ce sera mieux... ou pire. «Y a de l'Un.» Au coeur du présent Séminaire, cet aphorisme, passé inaperçu, complète le «Il n'y a pas» du rapport sexuel, en énonçant ce qu'il y a. Entendez, l'Un-tout-seul. Seul dans sa jouissance (foncièrement auto-érotique) comme dans sa signifiance (hors sémantique). Ici commence le dernier enseignement de Lacan. Tout est là de ce qu'il vous a appris, et pourtant tout est neuf, renouvelé, sens dessus dessous. Lacan enseignait le primat de l'Autre dans l'ordre de la vérité et celui du désir. Il enseigne ici le primat de l'Un dans la dimension du réel. Il récuse le Deux du rapport sexuel comme celui de l'articulation signifiante. Il récuse le grand Autre, pivot de la dialectique du sujet, il lui dénie l'existence, et le renvoie à la fiction. Il dévalorise le désir, et promeut la jouissance. Il récuse l'Être, qui n'est que semblant. L'hénologie, doctrine de l'Un, surclasse ici l'ontologie, théorie de l'Être. L'ordre symbolique ? Ce n'est rien d'autre dans le réel que l'itération du Un. D'où l'abandon des graphes et des surfaces topologiques au profit des noeuds, faits de ronds de ficelle qui sont des Uns enchaînés. Souvenez-vous : le Séminaire XVIII soupirait après un discours qui ne serait pas du semblant. Eh bien, avec le Séminaire XIX, voici l'essai d'un discours qui prendrait son départ du réel. Pensée radicale de l'Un-dividualisme moderne. |
|
| XX | Encore, 1972-1973 |
![]() |
Vous n'avez qu'à aller regarder à Rome la statue du Bernin pour comprendre tout de suite qu'elle jouit, sainte Thérèse, ça ne fait pas de doute. Et de quoi jouit-elle ? Il est clair que le témoignage essentiel des mystiques c'est justement de dire qu'ils l'éprouvent, mais qu'ils n'en savent rien. Ces jaculations mystiques, ce n'est ni du bavardage, ni du verbiage, c'est en somme ce qu'on peut lire de mieux. Tout à fait en bas de page, note - Y ajouter les Ecrits de Jacques Lacan, parce que c'est du même ordre. Ce qui se tentait à la fin du siècle dernier, au temps de Freud, ce qu'ils cherchaient, toutes sortes de braves gens dans l'entourage de Charcot et des autres, c'était de ramener la mystique à des affaires de foutre. Si vous y regardez de près, ce n'est pas ça du tout. Cette jouissance qu'on éprouve et dont on ne sait rien, n'est-ce pas ce qui nous met sur la voie de l'ex-sistence ? Et pourquoi ne pas interpréter une face de l'Autre, la face Dieu, comme supportée par la jouissance féminine ? |
|
| XXI | ||||
| XXII | ||||
| XXIII | ![]() |
|||